Partager l'article ! CHAPITRE 2 : Spécial Halloween: Le chat se replia sur lui-même, à l'affut. I ...
Le chat se replia sur lui-même, à l'affut. Il fixait de ses yeux perçants la fenêtre sans vitre. Il surprit un mouvement et, vif comme l'éclair, bondit sur sa proie. Un grand fracas résonna dans la maison déserte quand les caisses sur lesquelles il était perché s'effondrèrent. Le chat retomba avec légèreté sur ses pattes et jeta un regard mauvais à la chauve-souris qui venait de lui échapper, et qui était déjà loin.
Il se redressa et bailla pour montrer son indifférence. Il restait sur son territoire. Il parcouru, majestueux et digne, les quelques mètres qui le séparaient d'un pan de mur effondré. Un silence de mort régnait dans la maison abandonnée ; le chat ne faisait pas un bruit en marchant sur les dalles de pierre. D'un bond aérien, il sauta sur le mur effondré et, de sa langue râpeuse, commença à lécher sa belle fourrure noire au clair de lune.
Evy dévala la pente à toute vitesse pour rejoindre Tristan.
- Tu devineras jamais ce que j'ai appris ! s'exclama-t-elle, les joues rougies d'avoir couru.
Tristan l'attendait sur le pont, les bras croisés et la mine boudeuse.
- T'es en retard !
Evy balaya sa réflexion d'un geste de la main.
- Devine qui veut aller jouer dans le château demain soir ! demanda Evy, les yeux pétillants de malice.
- Je veux pas savoir, rétorqua Tristan pour l'embêter.
- Maxime et sa bande ! lui apprit-elle malgré tout, impatiente de lui faire partager sa découverte. Je les ai entendus en parler ce matin dans la cour, ils ont l'intention d'aller dans le château et de se raconter des histoires qui font peur.
- Pourquoi ? s'étonna Tristan.
Ce que les enfants du coin appelait le château était en réalité une vielle bâtisse abandonnée perchée sur une colline. Personne n'y avait vécu depuis des années : elle tombait en ruine. Elle avait un aspect franchement sinistre et toute sorte de rumeurs étranges et angoissantes couraient à son sujet. Tristan n'y aurait mis les pieds pour rien au monde ; du moins jusqu'à ce qu'Evy s'en mêle...
- Parce que demain, c'est Halloween ! annonça-t-elle. Le château, c'est l'endroit idéal pour aller se faire peur... Et tu sais ce qu'on va faire ?
Evy avait cet air déterminé qu'elle prenait parfois et qui, en général, n'augurait rien de bon.
- On va y aller avant eux, se cacher et leur faire peur ! déclara-t-elle avec un grand sourire satisfait.
- J'ai pas tellement envie d'aller là-bas... remarqua Tristan, qui en réalité n'en n'avait pas envie du tout. Et puis de toute façon, ma mère me laissera jamais y aller en pleine nuit.
Tristan se redressa, fier d'avoir trouvé un bon argument contre l'idée Evy.
- Bien sûr que non, ma tante non plus, mais c'est pas grave... parce qu'on leur dira pas ! Maxime et sa bande ont dit qu'ils se retrouvaient là-bas un peu avant minuit. On n'aura qu'à faire semblant de se coucher, puis filer en douce par la fenêtre ! On leur fait la peur de leur vie, et ensuite on rentre, et personne ne saura jamais rien. Je te jure, Tristan, personne ne le saura ! répéta-t-elle devant l'air sceptique de Tristan.
- Evy, je crois pas que ce soit une bonne idée, tu sais... Ca ressemble à tous les trucs qu'on a déjà faits et qui ont mal fini... On va encore s'attirer des problèmes, et...
- Mais Tristan, c'est l'occasion rêvée de se venger d'eux !
Evy le regardait, suspendue à ses lèvres, ses grands yeux suppliant Tristan de dire oui.
- Bon ok, céda Tristan, mais si ça tourne mal, ça sera ta faute !
- Génial, exulta Evy. Bon, maintenant, il faut qu'on parle des déguisements.
- Quoi ? Non !
- Mais comment tu veux leur faire peur si on se déguise pas ? Il faudrait qu'on trouve quelque chose de vraiment flippant... Mais on aura pas tellement le temps de faire quelque chose de compliqué.
Deux petits fantômes marchaient dans le noir, simplement éclairés par une lampe de poche. L'un des deux trébucha sur une racine.
- Je t'avais dit que c'était pas une bonne idée ! s'exclama Tristan en aidant Evy à reprendre son équilibre. On n'y voit rien, et je suis sûr qu'on est perdus...
Soudain, un hululement résonna dans la nuit noire et les fit tressaillir. Evy regarda autour d'elle avec méfiance.
- Ok, concéda-t-elle, pour le moment c'est pas très drôle... Mais attends de voir la tête de Maxime quand on lui fera peur !
Tristan ne répondit rien, peu convaincu. Il rajusta le cordon qui tenait son déguisement : il avait rabattu en arrière le drap qui était censé le cacher pour ne pas trébucher dessus. Il pensait qu'à cet instant, il pourrait être dans son lit, bien au chaud et la tête encore pleine des jolies histoires qu'il aurait écoutées sur son parleur, blotti dans les bras de sa mère. Au lieu de cela, il se retrouvait perdu, déguisé, et il avait froid.
Evy s'était arrêtée pour regarder autour d'elle.
- C'est par là ! s'exclama-t-elle soudain avec soulagement.
Elle avait l'air rassurée d'avoir retrouvé leur chemin. Tristan dirigea la lampe dans la direction qu'elle indiquait.
- T'es sûre qu'il est là, le sentier pour monter au château ? demanda-t-il, perplexe. Je vois rien moi...
- Suis- moi ! répliqua Evy en lui prenant la lampe-torche des mains.
Ils montèrent tant bien que mal jusqu'au château. La nuit était brumeuse et froide, et quand ils arrivèrent en haut de la colline, ils étaient frigorifiés. Tristan souffla sur ses doigts en regardant le château. Il le distinguait à peine dans l'obscurité ; tout ce qu'il voyait était une ombre imposante et sombre à moitié dissimulée par le brouillard.
- On peut encore faire demi-tour... suggéra-t-il.
Il jeta un coup d'œil vers Evy, et fut un peu rassuré de voir qu'elle n'en menait pas large non plus.
- Non ! Maintenant qu'on est là, on reste, affirma-t-elle d'un ton ferme, pour s'en convaincre autant que pour convaincre Tristan.
Tristan soupira mais hocha la tête. Ils avaient pris leur décision, pourtant ils restèrent immobiles. Autant l'un que l'autre répugnaient à entrer dans la vieille bâtisse. Ils se regardèrent et se donnèrent la main pour se donner du courage, puis se dirigèrent ensemble vers la grande porte. Elle était très vieille et personne ne l'avait ouverte depuis des années. Tristan et Evy la poussèrent de toutes leurs forces avant qu'elle ne s'ouvre dans un grincement retentissant.
Ils avalèrent leur salive et pénétrèrent dans le château abandonné. Leurs pas résonnaient sur les dalles de pierre. Evy balaya l'entrée avec la lambe-torche. Tout était si poussiéreux et délabré qu'ils en avaient la chair de poule.
- Bon, on trouve une cachette et on n'en bouge plus, décida Tristan qui était pressé de quitter les lieux. Maxime et les autres ne vont sûrement pas tarder.
Evy acquiesça en silence et ils se mirent à la recherche d'un endroit propice à l'accomplissement de leur plan. Ils montèrent lentement le grand escalier en regardant partout autour d'eux. Le silence devint vite pesant.
- Allo, ween ? Ici, trouille ! dit soudain Tristan d'une petite voix.
Evy ne s'attendait pas du tout à cela ; elle se mit à rire nerveusement. Le moindre bruit qu'ils faisaient résonnait dans tout le château, mais plus elle essayait de s'arrêter, plus son fou-rire s'intensifiait. Tristan commençait à trouver lui aussi la situation très drôle, quand soudain une dizaine de chauves-souris que leur raffut avait dérangées traversèrent la pièce à toute vitesse.
Pris de panique, Tristan et Evy se réfugièrent dans la première cachette qu'ils trouvèrent. Quand ils se furent calmés, ils regardèrent autour d'eux. Ils étaient dans un tout petit placard en haut de l'escalier. Ils étaient serrés l'un contre l'autre et ils n'avaient pas beaucoup de place, mais ils se rendirent vite compte qu'ils avaient une bonne vue sur la porte et le hall d'entrée.
- On reste là, décida Evy.
Bien cachée et serrée contre Tristan, elle se sentait en sécurité et retrouva vite du poil de la bête.
- Et si on se racontait des histoires d'horreur ? Après tout, c'est Halloween.
- J'aime pas les histoires d'horreur, répliqua Tristan qui en voulait un peu à Evy de l'avoir embarqué là-dedans.
- Mais il faut bien qu'on passe le temps, en attendant que Maxime et sa bande arrivent ! Bon je commence.
Elle s'arrêta pour réfléchir un instant, s'éclaircit la gorge et commença à raconter en prenant une voix d'outre-tombe.
- C'est l'histoire d'un homme qui avait une jambe de bois. Un jour, il meurt et son neveu lui vole sa jambe de bois sur son lit de mort. Sa famille l'enterre, mais l'homme ne veut pas partir sans sa jambe, alors il sort de sa tombe, et il rampe jusqu'à la maison de son neveu, en criant : rends-moi ma jambe ! rends- moi ma jambe ! rends- moi...
- Arrête ! s'écria Tristan, paniqué. T'entends pas un bruit bizarre ?
Evy pouffa.
- Trouillard ! se moqua-t-elle. T'as peur à cause de l'histoire...
- Mais non, écoute ! Y a des bruits bizarres, je te jure !
Evy tendit l'oreille mais n'entendit rien. Un grand sourire sur les lèvres, elle s'apprêtait à embêter Tristan quand un craquement sonore retentit dans la maison. Tristan et Evy se serrèrent un peu plus l'un contre l'autre.
- C'est rien, assura Evy d'une petite voix, c'est un vieux château... c'est normal qu'il craque...
- Tu crois que c'est l'homme à la jambe de bois... ?
- Non ! Non...
Evy n'avait pas l'air si sûre d'elle. Un bruit tonitruant résonna alors dans le château : on aurait dit qu'une montagne de meubles venait de s'écraser par terre.
- Ok, on se barre ! hurla Evy.
Elle attrapa Tristan par le bras et l'entraîna hors du placard. Ils dévalèrent l'escalier à toute vitesse, traversèrent le hall et se jetèrent sur la grande porte d'entrée qui sembla cette fois s'ouvrir sans problème.
Ils ne lancèrent pas un regard en arrière quand ils se précipitèrent dehors pour s'éloigner au plus vite du château. Ils coururent aussi vite qu'ils le purent, en trébuchant sur leur déguisement.
En bas de la colline, Maxime et ses amis virent dévaler ce qui ressemblait à s'y méprendre à deux fantômes fou furieux libérés par le charme d'halloween. Les fantômes fonçaient sur eux comme des démons ; ils ne cherchèrent pas à comprendre, et s'enfuirent à leur tour en hurlant dans la nuit.
Le chat se lécha les babines avec délectation. Cette fois, il avait attrapé la chauve-souris, et avait joué avec comme
il se doit. Fier de lui, il attrapa le petit cadavre entre ses mâchoires, et se dirigea vers la fenêtre sans vitre. Il fallait bien qu'il ramène son trophée à ses maîtres.
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